Parfois la mort accomplit sa tâche avec un sens de l' humour tout à fait singulier.
Ainsi, pour rien au monde, Nagel n'aurait fait de la gymnastique. En revanche, il dévorait des cheeseburgers. des sucreries et se riait des gens soucieux de leur bonne santé. Il fumait et passait des nuits entières à travailler. La veille de son décès, il avait dîné avec son éditeur et un client pour discuter de la pochette du disque de Mick Jagger. Karl Bornstein raconte:
" Nous cherchions à retrouver une idée proche de ce que Nagel avait fait pour l'album Duran Duran. Ce dernier exemple est intéressant car, pendant des mois, le public a admiré cette réalisation sans pour autant savoir qui l'avait produite. Il fallut près de huit mois pour que l'album soit vraiment lancé, mais, dès lors, il devint le numéro un mondial. Toujours est-il que je lui demandai, au cours de ce dîner, ce qu'il comptait faire le lendemain, il me dit devoir se rendre à une soirée organisée au profit d'une association pour cardiaques où, devant les caméras de télévision, il ferait quelques mouvements et un peu d'aérobic. Je m'exclamai:
" De l'aérobic. Patrick? Mais tu ne fais jamais de sport!
Il rétorqua: Ne t'inquiète pas "Le lendemain, il fit donc quelques cabrioles devant les caméras. Le spectacle terminé, il regagna sa voiture et tomba raide mort, victime d'un infarctus.
"Nagel créa de nombreuses séries d'affiches destinées à une plus large publication. Or, l'affiche constitue aujourd'hui une expression artistique particulièrement insidieuse et puissante. Dans les villes, impossible de lui échapper. On la rencontre à chaque coin de rue. Elle attire, persuade, suscite l'intérêt, séduit.
En Amérique, où ce genre de travail n'a pas toujours répondu aux critères de qualité qui prévalent dans d'autres pays, Patrick Nagel a retenu l'attention de maints admirateurs. Tel certains grands maîtres, comme Toulouse-Lautrec et Bonnard, Nagel subit l'influence des techniques de l'estampe japonaise réalisée à partir de blocs de bois: la silhouette de ses sujets se détache sur fond neutre et l'ensemble, défini par un trait hardi et pris sous un angle de vue inhabituel, comporte de grands aplats noirs et blancs.
Nagel maniait la couleur avec une originalité et une liberté rares. Il obtenait la perspective à partir d'images à deux dimensions travaillées par aplats. Toujours, il recherchait la simplification pour exprimer davantage avec moins d'éléments. Son oeuvre, sobre et soucieuse du détail, n'est pas sans rappeler le style art-déco des années 1920 et 1930. Nagel a en effet recours au trait net, à la simplicité géométrique, à la stylisation de la silhouette. Autant de partis pris qui génèrent un résultat soucieux de la forme et néanmoins décoratif."