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Toutes les bonnes
histoires ont un épilogue ou une morale, c'est bien connu. Mais
ai-je encore droit à ce titre? |
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| L'Illustration,
donc, ou la chronique d'une mort annoncée. Lentement mais inexorablement, notre domaine s'est réduit et les illustrateurs travaillant à main levée (avec, je le répète, des crayons, des pinceaux et toutes sortes d'encres et de pigments tellement exotiques, les couvrantes gouaches, les douces aquarelles, les affreuses acryliques, les profondes encres de chine, les fades couleurs à l'eau) sont condamnés à rejoindre les rangs des activités obsolètes, celles des scribes, des copistes et des enlumineurs. Oh, non: Ne dites pas: "Pauvre type, l'amertume lui a fait perdre la tête. Il est la proie d'une de ces crises où les fadas de son obédience se croient victimes de l'imbécillité béate et satisfaite de leurs contemporains! Descartes parle ainsi de ces malheureux dans son best-seller "D'où vient que les envieux sont sujets à avoir le teint plombé". "...Au reste, il n'y a aucun vice qui nuise tant à la félicité des hommes que celui de l'envie: car, outre que ceux qui en sont entachés s'affligent eux-mêmes, ils troublent aussi de tout leur pouvoir le plaisir des autres, et ils ont ordinairement le teint plombé, c'est-à-dire mêlé de jaune et de noir et comme de sang meurtri..." Oh, non, ce n'est pas l'amertume qui motive mes propos. Suivez ma rhétorique. Jadis le territoire des illustrateurs était vaste et giboyeux. Jugez plutôt : Couvertures de magazines, affiches publicitaires, affiches de propagande, pochettes de L.P, lettrines, en-têtes, culs-de-lampes, frontispices, affiches de cinéma, affiches de spectacles et de festivités, illustrations pleine-page, avec habillage de texte, ex-libris... |
Ah, et les merveilleuses réclames pour la santé! Ah oui, tout cela est terminé et sans le moindre espoir de retour.
Car avez-vous vu, dernièrement, un de ces domaines traité par un illustrateur traditionnel?
La campagne CANDEREL dessinée par Kiraz? Je vous l'accorde et tant mieux pour ce dernier!
Ainsi donc, une nouvelle imagerie, mélange dans des proportions variables, de photographies traditionnelles, de retouches sous Photoshop® et d'images de synthèse, s'est imposée, rendant caduque et démodée la technique de l'illustration dessinée.
Ces dernières années, la couverture de livres, dernier refuge des illustrateurs, capitula à son tour sous la pression des commerciaux, adeptes d'une imagerie propre, lisse, et surtout qui ne raconte rien du roman. Distingue-t-on une couverture des Presses Pockett (collection policière) d'une autre du Livre de Poche (idem)? Même format, même cartouche avec utilisation du jaune, même iconographie venant du stock Corbis ou Getty...
Oui, regardez bien, la prochaine fois que vous passerez devant les mètres linéaires d'une grande surface du livre. Qu'y verrez-vous: Des photographies et des reproductions oeuvres picturales en couverture, dont beaucoup de visages. Pas mal de peintres du XIX eme, un Waterhouse pour un grand format (Lady of Shalott), recadré.
Du coup, les dessins d'illustrateurs semblent détonner, vestiges archaïques d'un temps révolu.
Seule la science-fiction a échappé à cette mainmise des commerciaux et à l'éviction des directeurs de collections.
Mais les couvertures, utilisant des photos des films-phares de l'entreprise de lobotomisation et de crétinisation hollywoodienne, se voient de plus en plus.
Enfin, ce bon vieux Bill, via Corbis, rachète l'agence Sygma et licencie 42 photographes. L'un d'eux, Jacques Langevin écrit: "...Ce qui intéresse Corbis, c'est de disposer d'un fond d'archives utilisable à volonté, sans avoir à acquitter de droits ni se soucier de la propriété artistique..."
Les éditeurs recourrent donc, et c'est bien leur liberté, à ce fond.
Finalement, aucun corps de métier à la source même de la matière première, c'est à dire de l'imagerie, n'en sort indemne! Seul le grand capital s'y retrouve, plus fort et plus dominateur que jamais. Mais cette chanson, vous êtes las de l'entendre? J'avais remarqué.
Vous l'aurez compris: Mon propos n'est aucunement de refuser les nouvelles technologies.
J'ai précieusement mis dans un dossier la publicité du dernier NIKON COOLPIX 5000 ou celle du premier parfum de Lolita de LEMPICKA.
Ce que je déplore, c'est en fait l'établissement d'une dictature sournoise qui prétend imposer une seule image, un seul son, une seule pensée.
Pas un jour ne passe sans que je vois un document consacré à l'inestimable apport de l'infographie: A quoi bon écrire un script puisque existent les effets spéciaux?
La forme surpasse le fond et la vitesse supplée la réflexion.
Mais à quoi bon récriminer? Ce terrorisme est tel que, si l'on ne communie pas dans la Grand Messe télévisuelle, des péripéties et états d'âme des acteurs de ce paysage audiovisuel ou de la fièvre consumiériste, le système vous fait passer pour un rabat-joie, un pisse-vinaigre, pire un parfait cinglé...
"Que dites-vous ?... C'est inutile ?... Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
Non ! non, c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !
Une dernière chose cependant, les crédits des images reproduites:
Norman Rockwell, couverture pour "The saturday evening post", décembre 1941
Anonymes mais un illustrateur ne dessine pas pour avoir son nom en haut de l'affiche: Il sert une cause!
Pochette de 33 tours dessinée par Lee Conklin (SANTANA, CBS, 1969). Cet exemple d'un art défunt, celui de "la pochette de disque-oeuvre d'art", est extrait de "Album Cover Album" chez: A Dragon's World Book, 1977)
Affiche pour "The Big Brother and the Holding Company" scannée dans le merveilleux "MOUSE & KELLEY" chez A.M.P. Détournement d'une affiche d'Alphonse MUCHA pour le papier à cigarettes JOB et ré-intitulée: "Girl with green hair".
"The Blue Dalhia", affiche anonyme scannée dans "Raymond CHANDLER in Hollywood" de Al Clark.
Illustration de Heath ROBINSON, le frère doué de Charles, pour " A midsummer Night's Dream" du grand Will.
En-tête de Aubrey Beardsley pour "The Birth, Life, and Acts of King Arthur" deThomas Mallory (1894).
Il était courant de dessiner aussi des frontispices...
et des culs de lampe!